Le 15 Aout 2019, Assomption de la Vierge Marie et ordination presbytérale, Mgr Martin a dononé une homélie très inspirée et qui a été appréciée et demandée par plusieurs personnes. Nous vous en donnons ici, tout le contenu.

 

 

+Martin ADJOU

  EVEQUE de N’DALI

  1. BP. 45 N’Dali (Rép. Du Bénin)

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EXHORTATION A L’OCCASION DE L’ORDINATION PRESBYTERALE DES ABBES CAMUS ET CHRISTOPHE

OUENOU, le 15 Août 2019

         « Pour la gloire du Dieu tout-puissant qui a répandu sur la Vierge Marie les largesses d’une bienveillance toute particulière, pour l’honneur de son Fils, roi immortel des siècles et vainqueur du péché et de la mort, pour une plus grande gloire de son auguste Mère et pour la joie et l’exultation de toute l’Eglise, par l’autorité de notre Seigneur Jésus Christ, des bienheureux Apôtres Pierre et Paul et par notre autorité, Nous affirmons divinement révélé que : l’Immaculée Mère de Dieu, Marie toujours vierge, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée en corps et en âme à la gloire céleste . » C’était par ces mots solennels, lumineux et éternels, que le Pape Pie XII proclamait le 1er Novembre 1950, le dogme de l’Assomption de la Très Sainte Vierge Marie.

         Frères et Sœurs, bien aimés du Seigneur, l’Eglise du Christ est en liesse ;  l’Eglise Famille de N’Dali est dans la joie ; la Communauté chrétienne du Sacré Cœur de Ouénou jubile en ce jour, en  célébrant dans la joie et la ferveur, l’Assomption de la Vierge Marie, Mère de Dieu. Et c’est à juste titre, que notre Eglise Famille de N’Dali a choisi ce jour béni pour consacrer deux de ses fils dans la grâce sacerdotale ; il s’agit des abbés Camus TOSSI et Christophe GOUNOU !

         Frères et sœurs dans le Seigneur,  en ce jour, je jubile particulièrement et personnellement pour deux bonnes raisons !

La première et pas des moindres, c’est cette opportunité, cette heureuse occasion  de la fête de l’Assomption, qui m’est offerte, pour manifester à qui veut le voir et à qui veut l’entendre, ma dévotion personnelle envers la Vierge Marie, notre Mère céleste ! Je ne vous le cache pas, frères et sœurs, et je ne voudrais en aucun cas vous le cacher, j’aime la Vierge Marie ! Car,  je lui dois beaucoup dans ma vie sacerdotale, et plus encore dans mon ministère épiscopal ! Et je dois vous dire, qu’au-delà des raisons sentimentales et affectives et donc subjectives, j’ai beaucoup de raisons d’ordre théologique de m’attacher totalement et par le cœur à la Vierge Marie. Et je voudrais saisir l’occasion de cette solennité pour vous montrer et démontrer la consistance théologique et spirituelle du culte rendu à la Vierge Marie qui n’a rien à voir avec le culte et  l’adoration que nous devons rendre à Dieu tout comme la Vierge Marie elle-même le manifeste sans détours, dans une soumission totale : «  Je suis la servante du Seigneur », rappelle-t-elle, devant  la parole du messager de Yavhé Dieu, dans la personne de l’ange Gabriel. Oui, Marie ma Mère, avec l’ange Gabriel : « Je te salue ! » (Cf Luc 1,28). Marie notre Mère, avec toute l’assemblée ici présente, toutes convictions et toutes confessions confondues : « Nous te saluons ! »

         En effet, comment peut-on imaginer une piété mariale authentique en la dissociant du mystère de la Rédemption accompli dans le Christ ? Comment peut-on vivre une véritable piété mariale en la dissociant de l’action de la Sainte Trinité en faveur des hommes ? Oui, La Vierge Marie, qui, ne l’oublions pas, est de notre race et de notre chair, est toute relative et soumise à Dieu ! Et sa mission comme sa maternité spirituelle ne sont pas une fin en soi et ne peuvent l’être, mais plutôt toutes orientées vers la Sainte Trinité, source et terme du salut dans le Christ ! Disons-le tout de suite : il n’y a qu’un seul Seigneur et qu’un seul Dieu, et il n’y a qu’un seul Sauveur, un seul Médiateur entre Dieu et les hommes, c’est le Christ Jésus! De toutes les manières, la Vierge Marie ne souhaite pas prendre la place de son Fils ! C’est  le Christ Lui-même qui sur la croix, a confié la Vierge Marie à saint Jean en lui disant :  «  Fils, voici ta mère ; et à sa mère, il dit : Voici ton fils. » (Cf Jean20,26-27). Nous sommes ainsi confiés à Marie qui devient notre mère ! Alors, ce n’est donc pas l’Eglise qui donne une place à Marie, mais c’est l’Eglise qui reconnaît la place que Dieu Lui-même a donnée à la Vierge Marie, « la bénie entre toutes les femmes », dans l’histoire du Salut. (Cf Luc 1,42).

Et c’est dans cette même logique de reconnaissance des mérites particuliers accordée à  la Vierge Marie, que l’Eglise a accueilli la révélation sur elle comme Theotokos, Mère de Dieu ! (Cf Le Concile d’Ephèse du 22 juin 431) et plus tard comme  Immaculée Conception, c’est-à-dire, conçue sans le péché originel, (Cf La Bulle du Pape Pie IX du 8 décembre 1854). On  comprend donc aisément que le corps de celle qui a été comblée de grâces ( Cf Luc 1,28) ne soit pas soumis à la corruption ! (Cf Ps 16,10 et Actes 13,35) ! Et c’est bien là, le sens de la fête de ce jour, la glorieuse Assomption de la Très Sainte Vierge Marie !

Ah ! que je suis heureux de constater que  de nos jours, bien des chrétiens d’obédience protestante, commencent à redécouvrir la place de la Vierge Marie dans le mystère du Salut et reviennent à une authentique reconnaissance, ferveur et dévotion envers la Vierge Marie ! Ah ! Je ne cache pas ma joie, en voyant beaucoup de nos frères musulmans fréquenter nos sanctuaires marials en se joignant à la foule dans une ferveur non dissimulée, par la récitation du rosaire et se recommander à la discrète intercession de la Très Sainte Vierge Marie, comme à Cana ! (Cf Jean 2,1-11).

« Heureuse, dira Elisabeth à Marie, celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur ! » (Luc 1,45). Ô Marie, femme de foi totale et d’abandon filial à la Volonté de Dieu, prie pour nous, hommes et femmes de peu de foi !  (Cf Matthieu 8,26).

La deuxième grande raison de ma jubilation en cette solennelle et auguste circonstance, c’est bien la grâce du sacerdoce que j’ai à conférer dans quelques instants à deux fils de cette paroisse Sacré Cœur de Ouénou ! En effet,  le 30 novembre prochain, cela fera 17 ans qu’une telle célébration d’ordination a été organisée ici à Ouénou, il s’agit du Père Simplice BOCO, mon actuel Vicaire Général, un autre fils et un des  aînés prêtres  de cette même paroisse  et qui me rappelle avec déférence et admiration le tout premier prêtre de ce village, l’illustre Père Jacques TANE en mission au Gabon ! Il y a plus d’un an maintenant, le Père Emile GOUNGARI, fils également de ce terroir, leur a emboité le pas à Bembérékè en bénéficiant de la grâce sacerdotale, dans le cadre de notre Pèlerinage diocésain.  J’avoue que ce n’est pas sans émotion que je reviens aujourd’hui en ce lieu pour poser un acte aussi solennel qu’important pour notre Eglise Famille de N’Dali !  Depuis 17 ans donc, que d’eaux ont coulé sous le pont de Ouénou !

Que d’eaux ont coulé sous le pont de Ouénou ! Des eaux, avouons-le, tumultueuses et orageuses ! Oui, je le dis haut et fort, Ouénou, était l’objet de toutes mes attentions de mes premiers pas de pasteur ; je le dis haut et fort, Ouénou était l’objet de mes premières amours et de mes prédilections pastorales ; Ouénou hélas aussi, a été l’objet de mes premières grandes souffrances et de mes premières grandes déceptions comme  pasteur de ce diocèse !  Et c’est pour cette raison et pour d’autres encore que j’accueille, frères et sœurs en Christ, l’événement de ce jour, comme une consolation !  Avez-vous  bien entendu, comme une consolation, et comme pour ainsi dire exorciser le passé et nous orienter vers un avenir radieux pour tous les fils et filles de ce village qui a connu à l’origine un passé pastoralement glorieux et  administrativement  florissant ! Oui, Ouénou  comptait beaucoup aux yeux des missionnaires de la Société des Missions Africaines ! Et vous comprenez maintenant pourquoi j’ai tenu à restaurer le tout premier presbytère, en mémoire vénérée  de l’un d’entre eux qui a laissé ici sur la paroisse, beaucoup de souvenirs, je veux nommer le  Père Barthélémy, prêtre sma !

Et maintenant, permettez-moi de m’adresser à mes deux fils  Camus et  Christophe pour leur dire quelques mots tirés de mon expérience de prêtre, qui a déjà franchi le seuil des 36 ans ! Je voudrais partager avec vous, chers fils bien-aimés,  quelques conseils que j’ai moi-même reçus d’un aîné, le Père Vincent ADJANOHOUN, paix à son âme, alors Curé de ma paroisse d’origine, St Michel de Cotonou ! Ses conseils ne m’ont jamais quitté et m’ont toujours accompagné durant tout mon parcours jusqu’à ce jour ! Je voudrais aujourd’hui les partager humblement avec vous, en sachant qu’un père ne donne que le meilleur de lui-même à ses fils !

Chers fils Camus et Christophe, au début de cette cérémonie, au tout début, à l’appel de votre nom, vous avez été conduits par vos parents jusqu’à moi en tant que  représentant de l’Eglise et donc aussi du Christ ! J’ai furtivement sondé vos visages et ceux de vos parents ! C’était rempli d’émotion à peine maîtrisée. Vous donniez l’impression d’être comme des agneaux que l’on conduisait à l’abattoir ! Mais, rassurez-vous, mes fils Camus et Christophe, dans quelques instants, quand je vous aurai  imposé les mains, vous deviendrez subitement grands, vous deviendrez des presbytres c’est-à-dire anciens et siégerez désormais parmi les anciens, malgré votre très jeune âge ! Et ne vous étonnez donc pas, que même des fidèles  chrétiens qui sont de la génération de vos parents vous appellent,  dès la fin de cette cérémonie : « Mon père ! »

Vous allez donc devenir grands parce que revêtus de la puissance sacerdotale de Jésus-Christ et que désormais, le salut de tant d’âmes dépendra de votre bonne volonté, dépendra de votre fidélité ! Et c’est pour cela que nous avons tous prié pour vous et que nous continuerons de le faire. Car, vous entrez dans le sacerdoce à un  moment où tant de prêtres chez nous et de par le monde sont décriés pour leur conduite peu recommandable et quelquefois scandaleuse ! Le sacerdoce qui est un acte et une grâce plus que sacrée, de nos jours et par la faute des consacrés eux-mêmes, apparaît aux yeux de certains fidèles laïcs, comme une simple formalité, un diplôme, bref, quelque chose qui n’impacte plus spirituellement et moralement, la vie des bénéficiaires ! Je vous supplie au nom de l’Eglise Famille de N’Dali, n’allez pas grossir le nombre de ceux qui font saigner le cœur sacerdotal du Christ !

Nous avons prié pour vous et nous continuerons de le faire pour que tous les jours, vous soyez heureux d’être prêtres comme je le pressens et devine déjà sur vos visages, et vous avez raison,   votre impatience  à être vite agrégés au corps presbytéral ! Oui, Il faut cultiver le bonheur d’être prêtres et bons prêtres,  non pas à la manière du monde mais comme et à l’imitation du Christ premier  et unique prêtre ! Car le bonheur d’être prêtre est un véritable antidote contre la lassitude, contre la solitude et la paresse spirituelle et morale ! En effet, je vous avoue que pendant votre ministère, il y aura des circonstances où la fatigue sera telle, des circonstances où la pesanteur de la chair sera telle, des circonstances où les sollicitations du monde seront  telles que vous pouvez  être amenés à vous demander si vous ne vous êtes pas égarés ! Oui, vous aurez à rencontrer ou à vivre des situations où vous vous  demanderez si vous êtes vraiment à votre place ! Soyez sûrs, et je vous le redis solennellement, soyez sûrs que vous n’êtes pas prêtres par hasard ! Soyez sûrs que le Christ vous a choisis et vous veut non plus comme des serviteurs mais comme amis ! (Cf Jean 15,15). De grâce, ne trahissez pas cette belle amitié qui vous est gracieusement offerte par le Christ Lui-même  en ce jour solennel! Et pour que le doute et le découragement avec leurs cortèges de vices et de dépravations subtilement entretenus par les drogues que sont les nouvelles technologies de la communication le Whasapp et l’internet en tête, les drogues que sont les relations féminines douteuses et frivoles, ou alors les drogues de l’avidité et de  l’argent, les drogues de  la recherche du pouvoir et du positionnement, bref, pour éviter que  ces drogues disais-je, ne vous enlacent dans leur diabolique filet, pour éviter que ces drogues ne vous prennent en otages, soyez comme la Vierge Marie de l’Assomption, des hommes de la prière, des hommes du silence habités par la charité pastorale comme Marie qui a eu le souci de sa cousine Elisabeth (Cf Luc 1,36-56); et pour tout dire, soyez  des hommes d’adoration du Saint Sacrement, car c’est ainsi que vous mettrez en fuite Satan, le séducteur de tous les temps ! Il est prêt Satan, dans les bavardages inutiles, dans les discussions oiseuses,  dans les effluves de la boisson frelatée prise dans les bars, dans les controverses d’auto-justification, dans la contestation de l’autorité, dans la désobéissance savamment justifiée ; mais dans l’effort d’humilité, l’effort de conversion  et de perfection spirituelle et pastorale, dans  l’adoration, Satan est nul ! C’est pour cela que chaque jour, chaque instant, vous adorerez votre Dieu, vous adorerez Jésus-Christ, vous demanderez l’assistance constante de l’Esprit-Saint, vous vous accrocherez à la Vierge Marie votre Mère céleste qui vous apprendra l’art d’être disciple du Christ son Fils en étant assidus aux prières du bréviaire et à la méditation du rosaire. Se faisant, vous intercéderez efficacement,   en votre nom et au nom de vos frères en humanité, et mieux,  vous mettrez en fuite les forces du mal, si nombreuses de par le monde, et si nombreuses dans notre pays et peut-être aussi cachées en vous !  Car nul n’est épargné des assauts et des manœuvres du Malin qui sait mieux que  quiconque semer  habilement et nuitamment l’ivraie dans notre champ intérieur (Cf Matthieu 13,24-30) ! Qu’aucune âme que vous allez recevoir au confessionnal, au bureau ou ailleurs, ne vous quitte sans avoir l’évidence certaine d’avoir rencontré des hommes de Dieu !  Si vous cultivez la rigueur et la maturité spirituelle dans votre vie de prêtres, je vous préviens, nous n’aurez pas beaucoup d’amis mais vous en gagnerez de vrais, ceux-là qui aiment Dieu et qui cherchent comme vous à vivre dans la fidélité au Christ ! Et si un jour, la croix de la calomnie gratuite et méchante, la croix du sabotage fantaisiste et grotesque  venait à se planter au travers de votre chemin, dites-vous, c’est la preuve que vous êtes sur le bon chemin, celui du Christ qui est chemin, vérité et vie éternelle (Cf Jean 14,6) !

Chers fils Camus et Christophe, vos parents vous ont amenés à moi sous le regard attentif et priant de toute l’assemblée ! Vos frères et sœurs de sang, de culture et amis ont accouru en ce lieu à cause de vous, et éprouvent aujourd’hui et à juste titre, une légitime fierté à cause de vous  !

Faites en sorte, je vous en prie, qu’ils soient toujours fiers de vous, car aujourd’hui, je connais des pères et des mères, des frères et sœurs de prêtres  qui pleurent parce que la ferveur de leurs fils et frères prêtres s’est affadie, parce que l’inconduite de leurs fils et frères prêtres est devenue notoire !

Mais pour vous, il n’en sera pas ainsi ! Vous serez la joie, la fierté, l’honneur de votre famille, la fierté et l’honneur de vos pères, de vos mères, de vos parents, de vos amis ! Vous serez la joie de votre peuple de Ouénou et pouvoir aussi un jour, chanter votre propre Magnificat  (Cf Luc 1,46-53)! C’est ma prière pour vous que je confie à la Vierge Marie Notre-Dame de N’Dali à qui je vous consacrerai à la fin de cette cérémonie !

         Et maintenant pour conclure, je me tourne vers vous tous chers fils et filles de l’Eglise, je viens demander l’aumône de votre prière ! Oui, priez pour moi aussi,  afin que tout ce que j’ai recommandé et dit à mes deux fils Camus et Christophe, je sois le premier à le vivre en leur donnant le premier l’exemple comme chrétien avec vous et comme pasteur pour vous !  Et vous Vierge Marie, Mère de Dieu et Mère de l’Eglise, ma Mère, veuillez dire à votre Fils Jésus que je l’aime et qu’il est mon amour à jamais ! AMEN !                                          

+Martin ADJOU, évêque de N’Dali,